Il y avait un peu de soleil, assez peu de vent, partout feuillages et écorces se confondaient sur un fond bleu quelque peu blanchâtre. Des visages pâles affichaient un léger sourire et flirtaient même parfois avec la joie. Il y avait surtout beaucoup de souffrance ; les corps s'affrontaient sans espoir, des paroles jetées sans pitié dans l'air se livraient à des faces à faces divers et variés. Il y avait deux-trois esprits qui, dans une confusion totale, s'insurgeaient face à trop d'ignorance et de crédulité, et qui sans perdre le temps de risquer une quelconque transition, tentaient de comprendre comment la parole divine arrivait à ôter à l'esprit de certains humains l'objectivité d'une réflexion qui finissait par devenir inexistante chez ces spécimens.
Au fond d'un couloir du bâtiment trop coloré, un amas de pensées attendait la fin de la journée qui commençait. Soutenu par des sons mélodieux et continus qu'émettait un mp3, l'amas de pensées fini par se lever avant de se trainer jusqu'à l'entrée d'une salle où étaient déjà entassés quelques uns de ses confrères. Par le coup d'oeil assoifé de liberté qu'il lança au travers de la fenêtre on apercevait encore quelques rayons qui n'éclairaient plus que précipitation et découragement. L'atmosphère devint plus lourde lorsque la haine, l'air désinvolte mais plutôt bien habillée, vint s'asseoir à ses côtés.
Après deux tours complets effectués par cette aiguille qui s'amusait à tourner continuellement, à chaque instant fixée par de petits yeux avides, ce fut au tour de l'idéologie de venir distraire notre amas de pensées. L'éloquente danse des mots que les deux esprits avaient entrepris d'écouter étourdissait chaque concept de l'adversaire et renforçait la confiance, rarement accordée aveuglement ou inutilement. Les paroles échangées effleuraient l'incompréhension, qui prennait place aux côtés de la discussion révoltée et flottait au beau milieu d'un océan hostile emplit de mensonges, d'hypocrisie et de stéréotypes qu'il fallait s'efforcer de couler afin de mieux les noyer.
Les fragments de discours démagogues s'échappaient de la bouche d'un sot pensant pouvoir convaincre l'esprit d'un calme et d'un réfléchi extraordinaire en face de lui qui, à peine sa théorie attaquée, avait déjà retrouvé une repartie adaptée à l'arme de l'adversaire qui, dépourvu d'arguments, finissait toujours par être réduit au silence et devait se rendre à l'évidence ; l'égalité et la justice triompheraient.
Et à l'extérieur, hostile à une quelconque approche de l'habituelle tâche jaune du midi, qui gâchait toute la beautée d'une surface qui pourtant aurait pu être lisse et pure sans un tel cannular, l'écume des cieux repoussait chaque petit rayon imposteur qui tentait de transpercer le secret d'une telle homogéinité.
Tout en peuplant sa solitude, le rêve sur pattes était repartit poursuivre son voyage à travers les idées et la liberté. Il travaillait maintenant sur le contraste entre la réalité avouée dans les débats publics et la réalité que presque tous s'efforçaient de dissimuler sous plusieures couches de mots trompeurs. Les deux pupilles vertes restées à l'abri de la tentation suivaient la progression de la liberté au dehors et permettaient par ce processus à la pensée de s'amplifier et à l'idéologie de se forger au son du discours engagé et véridique.
Au travers de l'atmosphère estivale, la voix tranchait l'air en lambeaux et se distribuait à une paire d'oreilles inscouciantes à la recherche éternelle de la vérité, de la justice et de liberté.